Auteur/autrice : edwige

  • Sous la peau des machines

    En cours de création avec Constandina Arvanitis (LAAS-Toulouse) et Thierry Besche (Passerelle Arts-Sciences-Technolgies). Projet dans le cadre du PEPR 02R.

     Sous la peau des machines : dialogues pulsés entre corps et robotique 

    “La vie c’est la création, on dira que la connaissance de la vie doit s’accomplir par conversions imprévisibles, s’efforçant de saisir un devenir dont le sens ne se révèle jamais si nettement à notre entendement que lorsqu’il le déconcerte” 

    Claude Bernard, in, Georges Canguilhem, La connaissance de la vie, Paris, Vrin, 1992, p.49. 

    Présentation

    Le projet « Sous la peau des machines : dialogues pulsés entre corps et robotique » prend racine dans une rencontre en juin 2024, lors d’une résidence d’une semaine au LAAS de Toulouse. Cette rencontre a eu lieu dans le cadre de l’Université d’été « La création au-delà de l’humain », entre les membres de l’association Passerelle Arts-Sciences-Technologies, engagée dans la Transversale des Réseaux Arts-Sciences, et ceux du réseau de recherche-création canadien Hexagram. 

    Ensemble, nous avons commencé à penser un projet autour d’un dispositif de recherche et de création partagé. La recherche de C.Arvanitis étudie le fonctionnement du cerveau dans sa relation avec les flux sanguins et le rythme cardiaque. Ces phénomènes sont analysés à travers la nano-robotique et l’ingénierie neuromorphique. Son équipe explore une hypothèse novatrice sur la signalisation neurovasculaire. Les pulsations hémodynamiques pourraient fonctionner comme un système de transmission d’information, comparable à un code morse biologique. Ce système influencerait l’activité neuronale par des mécanismes de transduction mécanosensorielle. Cette hypothèse, encore en développement, ouvre des perspectives nouvelles pour repenser les interactions entre le corps et le cerveau, en les reliant aux pulsations du coeur. 

    L’idée est de concevoir un prototype commun qui cherche à mieux comprendre et représenter les liens entre activité neuronale et rythme cardiaque. Ce travail se situe à la croisée de l’art et de la technologie. Il permet d’élargir la recherche scientifique en y intégrant une perspective artistique. Celle-ci ajoute des questions, ouvre de nouvelles pistes, et aborde les hypothèses avec une plus grande liberté. 

    La création d’un dispositif artistique permet de mettre en réflexivité les pratiques du laboratoire. Elle offre un espace pour explorer et représenter la complexité des interactions entre le flux sanguin, la pulsation et les systèmes neuronaux. Ce n’est pas une confrontation entre deux domaines, mais une co-construction. Il s’agit de penser un objet partagé, fruit d’un travail commun.

    Contexte :

    Depuis les dissections de Vésale à la Renaissance et le développement de la science moderne, le corps humain, autrefois considéré comme sacré et intouchable, influencé par des forces divines, a évolué en un simple objet à disséquer et à comprendre par sa division en parties. Il est devenu un objet d’étude sous le prisme de la rationalité aristotélicienne (principe de non contradiction) et cartésienne. La science moderne étudie désormais le corps à toutes ses échelles, de ses composants cellulaires et neuronaux à ses organes, explorant sa structure et sa fonction tant au niveau microscopique que moléculaire. 

    Ce premier constat nous amène à questionner cette division en parties qu’opère encore la science moderne et les modèles de laboratoire artificialisés qui sont utilisés. Par le terme « artificialisé », nous faisons référence à l’utilisation de modèles biologiques, tels que les cellules HeLa, qui, bien qu’elles proviennent de tissus humains, sont séparées de leur contexte naturel et du réseau complexe d’interactions humaines qui façonnent leur fonction. 

    Le corps, s’il est bien biologique, est aussi un corps symbolique, fait d’imaginaire et de rêves, de désir et de parole. Mais ici, c’est l’imaginaire du corps qui nous intéresse, plus précisément les représentations qui se sont sédimentées, pouvant constituer des obstacles épistémologiques, et que nous proposons de soulever par les recherches menées par Constandina Arvanitis. 

    Enjeux :

    Nous imaginons une installation artistique composée d’une multitude de canaux et faisceaux faisant circuler le sang, l’eau, les cellules, l’électricité (suggérée par l’exploration des ondes radios : émission/déformation/réception, codage/parasite/décodage, signaux sonores électriques : étincelles, arc, etc.), les gaz qui composent le corps. Cette installation fait référence à cette image du corps sans organe développée par Antonin Artaud, où c’est la chair, la pulsation, la respiration, la vibration de l’organisme qui est montrée. Le comportement résulterait d’un apprentissage des neurones sur une puce (neuromorphic computing) que le LAAS développe. 

    Les neuromorphic chips (dont le fantasme est de se servir des neurones à des fins calculatoires et numériques) seraient visibles et contrôleraient sous la forme d’une écriture multiscénario les comportements et interactions de ces faisceaux électriques, chimiques, liquides, sonores, lumineux (flux, vitesse, densité, etc.) à l’esthétique charnelle évoquant la matérialité du corps. Ainsi, l’image d’un corps fluide, gazeux, aqueux, sanguin, qui fait écho à l’interne du corps relevant du sentiment de la chair, serait mise en contraste par l’image rationalisée d’un corps décorporéisé, éclaté, objectivé, parcellisé par les avancées techniques, échantillonnant et disséquant tout ce qu’il est possible de faire. Ce travail utiliserait le développement technique proposé par les recherches scientifiques. 

    Le projet consiste à faire un dispositif artistique intégrant les principes biologiques que sous-tendent les recherches menées par Constandina Arvanitis et qui inspirent directement nos développements technologiques, notamment dans le domaine de l’ingénierie neuromorphique. Dans le dispositif artistique, nous souhaitons intégrer des canaux microfluidiques pulsatiles dans des architectures neuromorphiques, dans le but de reproduire des processus biologiques complexes, tels que les interactions neurovasculaires. De plus, nous développons des capteurs piézoélectriques à haute sensibilité, imitant les mécanosenseurs neuronaux, pour capter les pulsations hémodynamiques et les transformer en signaux exploitables pour l’analyse cognitive. Ce travail conduit à la conception de processeurs hybrides, combinant transmission électrique et hydrodynamique, afin de créer un modèle de communication et de traitement de l’information inspiré des systèmes biologiques. 

    Cependant, un aspect fondamental distingue ces systèmes de l’architecture neuromorphique traditionnelle, qui repose sur des systèmes électriques statiques et inorganiques, souvent limités à des codes binaires simples (« on/off »). Bien que technologiquement complexes, ces systèmes ne parviennent pas à saisir la fluidité et la dynamique des processus biologiques vivants. En revanche, notre objectif est d’explorer et de mettre en évidence la beauté organique du mouvement pulsatile des signaux biologiques, un domaine encore largement incompris. 

    Nos recherches vont au-delà de l’intégration de simples signaux électriques. Elles cherchent à capturer l’interaction vivante et organique qui caractérise le corps, mettant en lumière les aspects encore mystérieux de ces phénomènes biologiques. L’objectif est d’allier innovation scientifique et expression artistique, permettant ainsi de ressentir cette dynamique subtile, tout en offrant de nouvelles perspectives sur la compréhension et l’expérience du corps et de ses interactions internes et externes. Les recherches sur le corps, sur ses nano-structures, sont aussi intriquées à des domaines d’application qui questionnent son devenir, son appareillage technologique et son obsolescence. Le corps est aussi ce qui rate, ce qui peine, ce qui vieillit et meurt. 

    Il s’agit ici de questionner le désir d’un couplage toujours plus poussé entre un corps biologique et nos technologies. Quel cadre éthique, sociétal, exiger des recherches en robotiques et micro-organiques afin que ces avancées techniques et biologiques couplées puissent bénéficier à l’amélioration du sort de chaque être humain ? Nous souhaitons interroger, d’une part, la question du corps marchand (notamment à travers les cellules HeLa, la vente de neurones, les bactéries génétiquement modifiées brevetées, et leur statut de bio-objet dans la bioéconomie actuelle), ainsi que les applications qui en découlent (par exemple, le projet de Cortical Labs, sur lequel nous allons nous appuyer). Et contraster cette vision en proposant une approche alternative du corps, davantage centrée sur ses rythmes internes et son interaction avec un environnement exogène, où la question des frontières et des seuils se pose par rapport à l’ensemble du vivant, tout en considérant l’importance des expériences humaines singulières. 

    Ce projet souhaite mettre également en lumière l’aspect endogène du corps – un ensemble indissociable, tissé par des phénomènes biologiques complexes – et sa matérialité. Ainsi, nous avons, au fil des discussions, pensé à quelques pistes de création qu’il reste à affiner si notre dossier est accepté. Nous sommes guidés par ces deux polarités : l’hyper-technologisation du corps via la robotique organique, et ses rythmes, ses pulsations, son entremêlement aux milieux et à ses multiples échelles. Entre ce qui nous échappe du corps, son irréductibilité et son inconvertible, et ce que nous souhaitons maîtriser, contrôler, mesurer. 

    La question du pourquoi doit rester ouverte et devrait guider l’ensemble de nos productions humaines, nous disent les philosophes et anthropologues Pierre Musso et Pierre Legendre. Que signifie le désir de la vitesse de calcul, du perfectionnement robotique, du couplage cerveau-machine ? Quelle finalité et comment inscrire le sens de nos productions dans la vie de tous les êtres humains et du vivant ? Cet ensemble de questions nourrira les intentions de la création que nous souhaitons mener. Ces questionnements et pistes de réponses, enrichiront la constitution d’une documentation du projet “en train” de se faire dont le rendu sera réalisé sous différentes formes (web, documents transmédias) dans l’objectif de mettre en partage les démarches dans une prise en compte de la relation entre science, art, technologie et société. 

    Articulations ? 

    Ce projet repose sur une volonté commune de représenter autrement le corps, notamment dans son lien aux milieux biologiques et technologiques. Les questions des seuils, des frontières et de la rythmicité du vivant nous unissent. Les recherches de C.Arvanitis sur les flux sanguins et leurs effets sur les neurones remettent en question le paradigme “cerveau-pensée-machine”, soulignant que le corps tout entier participe aux processus cognitifs, comme le montrent les travaux de neuroscientifiques comme Alain Berthoz et Francisco Varela. 

    Ainsi, ce projet de création vise à rendre sensibles les découvertes émergentes en neurosciences et à questionner la réification du corps, notamment à travers le couplage biologie-numérique des puces neuromorphiques. 

    La salle blanche du LAAS permettra de développer des dispositifs MEMS pour intégrer les mouvements rythmiques dans la création, tandis que les capteurs NanoNomades enrichiront l’aspect sensible et interactif de l’oeuvre. Cette démarche expérimentale mettra en lumière la tension entre corps organique et technologie. 

    La création se fera en étroite collaboration pour assurer l’équilibre entre exigence scientifique et potentiel esthétique, sans instrumentaliser nos disciplines. L’objectif est de dépasser l’illustration des sciences pour produire une oeuvre porteuse de sens dans sa forme même. 

  • Tant qu’il reste une voix

    2024-

    Projet en cours de réalisation avec Nicolas Reeves (Laboratoire NXIGestatio) et Thierry Besche (J’écoute sans répit et coordinateur de Passerelle AST)

    Concept

    Qu’est-ce qui dans l’humain est non programmatique ? Quelles sont les limites de nos mesures et nos simulations ? À l’heure de la techno-science-industrie qui souhaite créer des jumeaux numériques et réduire le corps humain et le vivant à une suite de 0 et 1, il nous est possible de nous demander ce qui reste de l’ordre de l’incalculable, de l’imprévisible.  S’il nous est possible de dire que le symbolique saisit quelque chose du réel, le réel ne se laisse pas réduire au symbolique qui ne saurait prétendre toucher à l’absolu. Tout comme le corps qui s’il peut être compris en partie par nos mesures, ne peut se réduire au corps biologique. Il est aussi en d’autres termes symbolique (et a-symbolique). Corps symbolique et corps biologique sont entremêlés et il existe une rationalité du corps qui n’est pas celle de la rationalité aristotélicienne selon les mots de l’anthropologue Pierre Legendre qui définit 4 rationalités : aristotélicienne, du rêve, du corps et du délire.

    Là où le langage échoue, commence la puissance d’agir du corps nous dit encore Judith Butler. La pensée du corps et de son nouage au symbolique est aussi celle des rebondissements et des associations des sens et des sons comme l’explique le psychanalyste Yann Diener (exemples : les cols et l’école, s’il vit et Sylvie). La pensée du poétique est aussi cette pensée non articulée à la logique, elle est une rationalité du rêve et de l’imaginaire qui tisse le corps. Le corps échappe aussi au symbolique qui ne peut pas saisir la totalité du réel du corps (le corps n’est pas réductible aux mots). La pensée de l’expérience, bien qu’articulée au langage, ne confond pas le mot et la chose. Il persiste un écart, qui fait que le monde est toujours perçu par le détour de la représentation ratant la présentation du monde.  Le monde nous dit Legendre est déchosifié par l’insertion du langage chez l’humain.

    Ce qui nous intéresse est d’une part la parole ratée, celle du lapsus, de l’hésitation, de l’indicible, marquant la béance entre le mot et le réel et la voix sans significations. La voix est ce qui relève de l’intime selon Jacques Derrida, elle est souffle d’une présence qui est immédiatement présente à soi, dans une proximité absolue en dehors des représentations qu’impliquent la pensée indiquée par les signes, marquée par l’après-coup formel. À l’heure des IA génératives, est-ce que la voix relève et marque la singularité du corps, de ce qui en somme ne peut être convertible, qui peut se rater, se geler, sauter, hésiter, trébucher, parce qu’elle est toujours un risque et inscrite dans un présent vivant pour reprendre ici la formule de J.Derrida. 

    Forme

    À partir de fragments de voix et de paroles de diverses langues maternelles, l’idée est de générer des voix de synthèse qui seraient incertaines (lapsus, bégaiement, hésitation, voix sans mots ou balbutiante des mots et suite de phonèmes sans structures…) mais aussi de faire entendre des bribes de voix réelles. 64 capteurs capacitifs permettront d’activer ces générations de voix selon le toucher des spectateur.ice.s sur une membrane tissée suggérant l’idée d’une peau à mémoire de forme. L’enjeu est de créer une membrane dynamique, palpitante et composée de divers éléments ayant des fonctions. 

    Les voix réelles utilisées détermineront également les oscillations du tissage. 

    Explorations envisagées 

    Une ondulation, mais aussi des palpitations donnant l’impression du vivant, d’organique, ayant un système respiratoire. Les phases de respirations peuvent conditionner la réaction, le comportement. 

    Différentes couches : la première avec des capteurs capacitifs qui transmettent des données qui ensuite sont renvoyées vers le système nerveux (actionneurs : servomoteur, fibre de nitinol-nickel et titane ayant une mémoire de forme et qui varie en fonction de la chaleur). Mouvement subtil de la peau-tissu. Contraction, respiration, égratignure, rugosité et pilosité-duvet, grain. 

    Comportements qui devraient évoluer avec le temps et où les  possibilités d’interactions augmentent avec le temps et plus vite que ce que les personnes peuvent réaliser. Il y a l’idée de l’apprivoisement.

    Vocabulaire de comportements à créer pour faire en sorte que personne ne peut vivre deux comportements identiques. L’idée d’utiliser l’IA générative de voix permettra d’amplifier cette idée. 

    Vocabulaire des voix : chuchotements, souffle, extinction, bégaiement, ellipse, suite de phonème désarticulé, murmure, accent tonique mal placé, longueur de mot ou de syllabe, de consonne, tic de langage, lapsus, siffloter, vocaliser.

    Vocabulaire du toucher : gratter, caresser, rester et demeurer sur, effleurer, s’approcher, souffler sur, tirer, tapoter.

    Comportements sonores : dispersé, concentré, volatile, granuleux, sourd, éclaté, multivocalité.

  • Atmosphère Primale

    2019-2024 – Installation immersive

    En collaboration avec Catherine Jeandel (Directrice de Recherche, CNRS, LEGOS), Yves Godderis (Chercheur GET, CNRS), Elise Nardin (Chercheur GET, CNRS),  Thierry Besche (Créateur Sonore, Passerelle AST), Hadrien Albouy (Concepteur Technique), Emilie Bonnard (Docteure en Arts Plastiques, Designer Olfactif) et Anne-Charlotte Baudequin (Doctorante en Arts Plastiques UT2J, Designer Olfactif),  Manfred Armand (conception lumière), OSMOART (parfumeur-création des parfums), Yves Duthen (Pr Informatique, UT Capitole, IRIT-Vortex), Frédércik Garcia (Chercheur INRAE, MIAT, Toulouse)

    ​Une création de Passerelle Arts-Sciences-Technologies

    Description conceptuelle

    « Coupables sans fautes »

    Ce projet vise différents types de questionnements liés à notre rapport au vivant. Si l’ontologie occidentale a avant tout été dualiste et a créé depuis la modernité des couples d’opposition naturel/artificiel, nature/culture, il n’en est pas ainsi dans la plupart des communautés autochtones d’Amérique du Sud qui ne distinguent pas la culture de la nature et pour qui tout objet ne peut être pensé que dans une subjectivité. 

    Ces catégories de pensées instituées par notre langage, nous ont permis de cultiver la nature, de produire l’alimentation nécessaire pour nourrir l’humanité passant d’un mode de production diversifié à un mode productiviste souvent en monoculture et appauvrissant les sols, polluant l’air et l’eau et utilisant des pesticides, fongicides… participant en partie à détruire la biodiversité. Il ne s’agit pas de dresser uniquement une critique sur les modes de production extrativistes passés qui ont été nécessaires pour répondre aux différentes crises humaines que nous avons traversées, mais de questionner aujourd’hui en vue de l’urgence climatique notre rapport à la nature qui a été fondé sur un rapport de domination, de contrôle, d’utilitarisme et qui demande aujourd’hui d’être repensé radicalement. 

    Partir de zéro en retraçant poétiquement les ères géologiques permet ainsi de donner la possibilité à l’imaginaire de recréer d’autres rapports aux non-humains, de se donner la perspective de pouvoir respecter le vivant sans le soumettre à notre nécessité qui s’effectue bien souvent par l’usage des technologies. De supprimer les liens de dépendances et d’allégeances qui nous lient à ce rapport technocratique au monde. 

    Il s’agit de demander ce qu’il est encore possible de faire dans une situation qui engage chacun.e d’entre nous afin de préserver la biodiversité garante d’une terre vivable pour les générations à venir. Repenser le rapport au temps, non plus structuré en événement, mais en transition inframince. Il s’agit de sentir la préciosité de la vie et du vivant au regard de notre place et de l’histoire de la planète vieille de 4,5 milliards d’années et où Sapiens ne représente que les dernières 5 secondes de l’histoire de notre planète rabattue à 24h. L’enjeu n’est pas de dénigrer notre place anecdotique mais d’avoir conscience de l’extraordinaire contingence des conditions uniques qui ont permis la vie sur terre. Histoire terrestre dont le rapport est quasi-amnésique, an-historique puisque nous ne remontons en termes de sédiments qu’aux derniers 450 millions d’années. Mettre l’accent sur les échelles géologiques en comparaison aux échelles humaines est l’enjeu de cette exposition. Faire sentir l’air, sa préciosité qui date de 16 millions d’années et que nous sommes en train de rendre irrespirable est l’enjeu de cette installation immersive. 

    Description Formelle

    Nous retraçons l’ensemble des atmosphères apparues sur Terre dans un dispositif immersif olfactif, sonore, lumineux et sensoriel baigné de brume. Des bouteilles de gaz contiennent les gaz recréés des atmosphères ayant existées (puis relâchées dans l’air). Le spectateur est invité à sentir l’air que nous respirons, celui de demain et celui du passé. Cette installation vise par des scénarios sonores, olfactifs et lumineux à faire l’expérience d’autres échelles de temps, des micro-flux et interactions du système biosphère-océan-atmosphère offrant la possibilité de considérer que les processus en œuvre ne sont pas à notre mesure, ne sont pas là pour nous. Et qu’avoir agi sur ces micro-flux durant ces 250 dernières années, a considérablement modifié l’atmosphère pour des millions d’années à venir. Le spectateur immergé est invité à vivre le temps long géologique, à s’y perdre, tandis qu’un autre espace l’invite didactiquement à sentir, écouter, voir l’intrication à l’autre qu’humain tout en ayant la représentation des flux de ses activités terrestres, aeriennes et maritimes. 

    Crédits Photos : Ariane Ruebrecht

  • Qui Parle Donc ?

    2019 – Installation sonore interactive

    Travail en collaboration avec F. Garcia et A.Barbacci (Chercheurs à l’INRAE), T. Besche (électroacousticien, fondateur du GMEA), J.Rabin (programmeur), F. Deroussen (audionaturaliste), Y. Duthen (Professeur en Informatique, IRIT), G. Douziech (concepteur électroacoustique). 

    ​​Diffusée au festival FACTS à Bordeaux et Lumière sur le Quai à Toulouse.

    ​Une création de Passerelle Arts-Sciences-Technologies

    Description conceptuelle 

    La démarche artistique s’est nourrie de l’idée ou les faits que le monde végétal serait doté de capacités d’écoute. Nous savons aujourd’hui que les racines se déplacent en fonction d’une source sonore émise, que celui-ci est capable d’associer deux stimuli. Nous savons également que le végétal réagit de manière non automatique à des stimuli soient sonore soient mécanique et que celui-ci serait capable d’apprentissage. 

    La temporalité végétale et la temporalité humaine étant différentes, les réponses des organismes végétaux à des stimuli sont bien plus différées dans le temps que pour un être humain. Il s’agit ici de coordonner des « polytemporalités » et des échelles temporelles différentes et de montrer l’impossibilité de concilier perceptions humaines et végétales, nous rivant à des environnements, des umwelts peu étanches. 

    Malgré l’avancement des études sur les capacités du végétal, nous ne savons pas à l’heure actuelle si certaines espèces végétales sont capables d’écoute ou seulement sensibles aux vibrations mécaniques de l’air, et cette incertitude est ce qui nous a réunis.

    Ces recherches sont à l’état embryonnaire et laissent place au doute et au questionnement. La singularité de ce projet est que l’approche artistique n’a pas servir à illustrer des propos scientifiques, mais a permis de tenter d’avoir une autre approche sur ces organismes encore peu connus. 

    Ce qui nous rassemble c’est aussi notre imaginaire, la curiosité et l’incertitude face à l’inconnu qui nous résiste et qui nous fait face. Et questionne notre anthropocentrisme et notre impossibilité de penser l’Autre dans ce qu’il a d’absolument différent.

    Description formelle

    Deux espaces sont présentés : 

    – L’un concerne les expérimentations réalisées sur le végétal par les chercheurs de l’INRA. Nous exposerons diverses expériences montrant que les plantes perçoivent des vibrations mécaniques comme le son, le vent, le toucher, etc. L’ensemble des protocoles sont exposés et montrent que les plantes sont capables sensibles aux phénomènes sonores. 

    – Dans un second espace  noir est présenté une  installation sonore visuelle et lumineuse dans lequel les scénarios intermédias  ou bien des multiscénarios ont été pensés pour faire transiter le spectateur à un monde humain à inhumain où la notion de bruit à été le fil conducteur. 

    Ici, c’est l’homme qui est observé, et qui est étranger à la temporalité végétale, ses manières de vivre les phénomènes physiques…Nous passons ainsi d’une vision ou bien des sons humains à des sons et une vision qui ne pourraient bien être que bruit en dehors de lui. C’est dans ce bruit du réel, que chaque organisme puise des informations propres à ses capacités et qui les signifie ensuite en monde vivable. Ainsi des phases sonores, visuelles, lumineuses construisent cet autre monde sensoriel végétal qui nous échappe, qui est illogique, car a-causal ou possédant un trop de sensorialité inabordable pour notre compréhension toujours limitée par notre perception sensori-moteur. 

    Crédits Photos : Ariane Ruebrecht

  • Signes-Concepts de la Rivière Dadou

    2022

    Réalisation technique du morphing : Philippe Doublet

    Saxophone alto : Fabrice Rougier. Saxophone basse : Loïc Papillon. Contrebasse : Nicolas Rumeau. Batterie : Jean-Pierre Vivent

    Performance sur les bords de la rivière en 2022 dans le cadre du projet Archipel de Passerelle AST

    ​Description

    À l’image du « Parlement de Loire » qui vise à donner une entité juridique à la rivière, nous avons orienté les premières résidences entre artistes, scientifiques, associations, historien, sur la prise en compte du point de vue de la rivière Dadou.

    Le Dadou, qu’a-t-il à nous apprendre ? La rivière c’est aussi son interaction avec l’environnement et l’activité humaine. C’est un au-delà des limites qui la constituent et qui la relient à un territoire terre-monde. 

    Cette création plastique imagine sous la forme de signes-concept un langage qui nous parle de la rivière à partir de bribes, de sensations, de formes, de flux, d’états différents. 

    Il faut environ 700 signes-concepts ancrés dans la pensée qui cristallisent une sensation, une forme afin de constituer l’ensemble des éléments symboliques et catégoriques qui rendent possible la pensée par les mots selon Stevan Harnad (Chercheur en Sciences cognitives, Université Mc Gill). 700 signes suffisent selon lui pour élaborer par renvoi et tautologie la compréhension de tous les autres mots (c’est le fonctionnement du dictionnaire) à condition qu’ils soient ancrés corporellement. C’est aussi en creux, une critique de l’IA, qui agit comme un automate avec le langage sans en connaître la signification incorporée et perceptive (l’IA agit comme une personne qui chercherait à apprendre le Chinois et n’aurait qu’un dictionnaire en Chinois). 

    Bien que cette conception de la pensée humaine puisse être incomplète, les sensations premières retenues, mémorisées, symbolisées constituent les prémisses d’une pensée qui se construit et se développe, se retient et se projette pour lire ensuite un monde.

    Des fragments visuels, des éléments bordant, intégrés, immergés dans le Dadou ont été récoltés. Ils montrent ce qu’il peut être, ce qu’il peut encore signifier si on l’observe, y prête attention afin de dévoiler la diversité de ses saisons, de ses états, de son milieu. L’idée est de réinventer des langages pour parler du monde et des communs (« négatifs ») légués dans une perspective éthique et esthétique. 

    Par la construction de signes-concepts issus de sensations de la rivière du Dadou, ils ont ensuite été mélangés par morphing et été joués par 4 musiciens au bord de la rivière.

    Il ne s’agit pas de faire « penser » la rivière, mais plutôt d’imaginer un langage qui nous parle de la rivière à partir de bribes, de sensations, de formes, de flux, d’états différents. Les signes créés pour l’événement sont ici considérés comme une partition à interpréter où matières visuelles et matériaux sonores se conjuguent sous la forme d’une improvisation musicale. Ce travail s’inscrit dans le projet Archipel qui vise à expérimenter le concept de territoire Arts Sciences Société envisagé comme un territoire d’esprit. Multisitué, co-construit avec une diversité d’acteurs et de moyens, les interactions proposées sont des agencements de parcours, de relations, de partage de processus qui forment territoire pour une durée donnée. 

    La pollinisation et l’émulation réciproque entre artistes, scientifiques et la société participent d’une volonté commune de comprendre la complexité du monde, de donner à le voir autrement, de créer un déplacement de l’esprit et de se départir enfin des lieux communs.

    L’urgence de la prise de conscience du changement climatique oblige à comprendre les phénomènes à l’œuvre. L’activité humaine crée le déséquilibre qui provoque ces dérégulations. Chacun doit s’atteler à repenser un autre rapport terre-humain, humain-vivant.  

    Archipel # 1 s’est arrimé en un premier port à la ville de Graulhet qui a accueilli dans une grande ouverture la démarche. Travaillée par son passé industriel autour du cuir et tournée vers la petite ville durable de demain à inventer, la ville de Graulhet a réhabilité la rivière le Dadou qui serpente au cœur de la cité. 

  • 360° Marsoulas

     2019 – Vidéo 360° de la Grotte de Marsoulas

    En collaboration avec C. Fritz,Responsable du CREAP,Chercheur CNRS à l’UMR 5608 TRACES, Centre de Recherche et d’Etude pour l’Art Préhistorique (CREAP Cartailhac), G.Tosello  Préhistorien, peintre, illustrateur. Chercheur associé à l’U.M.R. 5608 TRACES. Centre de Recherche et d’Etude pour l’Art Préhistorique, T. Besche, Artiste assembleur de son & J’écoute sans répit, Directeur, co-fondateur du GMEA, M.Siabato  Enseignant chercheur études audiovisuelles, ENSAV Toulouse.

    Une création de Passerelle Arts-Sciences-Technologies

    Description conceptuelle 

    « Ce n’est pas l’homme qui créa l’art, mais c’est l’art qui créa l’homme »
    Jean-Paul Jouary, Préhistoire de la beauté.

    Les premières peintures rupestres datent d’environ 36 000 ans avant le présent portant en elles les capacités artistiques aussi élaborées et originales que celles qui illuminent notre histoire récente. Nous pouvons penser que l’émergence de la pensée symbolique est intrinsèquement liée à l’art et remonte même dès l’apparition de sapiens, voire de Néandertal. L’apparition d’objets esthétiques n’est pas liée à nos besoins vitaux et témoigne non pas d’une activité pour passer le temps, mais bien d’une activité vitale, liée à notre survie.

    Le projet est de filmer les peintures de la grotte Du Portel, située en Ariège avec une caméra 360° et de prélever des données sonores afin de ré-agencer de manière originale et singulière un monde perceptif différent. Une autre relation « corps, espace, temps, son, image » sera repensée avec les découvertes qui nous permettent de nous rapprocher de nos ancêtres qui nous ressemblent, mais dont le monde sensoriel et phénoménal était structuré d’une autre manière.

    Quel lien Sapiens avait-il au monde, comment percevait-il son environnement, l’espace et le temps, quelles capacités sensorielles, et perceptives possédait-il ? Les peintures pariétales relèvent selon certains chercheurs d’une nécessité coercitive afin de partager des valeurs sociales fortes et unifier un groupe, groupe nécessaire à la survie de l’espèce (Cf. C.Fritz). Penser à nos ancêtres nous oblige à penser la manière dont nous nous sommes construit un rapport au monde qui a évolué et qui était à l’origine bien différent.

    Sapiens, il y a 300 000 ans, n’avait pas d’histoire, pas d’heure, ni calendrier, la division du temps était inexistante. Comment s’est-il mis, pourtant à arrêter le temps, à cristalliser des instants qui lui a permis de construire une trame narrative faite d’images et de mémoire, d’anticipation et de prédiction ?

    Description formelle

    Au-delà d’une spéculation sur un passé insondable et inabordable, nous questionnerons les perceptions d’homo sapiens au seuil et à la naissance de l’émergence de l’art pariétal, en cherchant à articuler différemment l’espace et le temps par l’image et le son. Par une création visuelle 360° et une création sonore, nous inviterons le spectateur à s’immerger virtuellement dans une grotte (par un casque de réalité augmentée) où nous tenterons d’élaborer une autre écriture de la temporalité, de la spatialité qui participent à redéfinir ce que signifie être sujet, être un corps, et qui peuvent être pensés de manières différentes.

  • Je crois que j’ai toujours voulu attraper une éruption solaire dans un filet à papillons

    2017 – Installation vivante et génétique

    Travail en collaboration avec le Centre  MedILS (Croatie). C. et P. Proust (éleveurs de papillons), D. Foresta (Artiste).

    Diffusée à FIAC (Tarn)

    Description conceptuelle

    Cette pièce a été réalisée pour l’exposition AFIAC 2017, «Frontières Effrangées». Exposition chez les habitants.

    Le thème de l’exposition devait aborder une œuvre littéraire. 

    Je suis partie du dernier ouvrage non publié de Michael Gibson, ancien critique d’art du New York Times. Michael Gibson avait quitté sa carrière au New York Times pour écrire des livres. Il traduisit le livre de Iain McGilchrist, neuroscientifique ayant écrit sur les deux hémisphères du cerveau. Il s’intéressait à l’émergence de la conscience et la séparation entre l’intellect, le rationnel et l’imaginaire, le sensible. 

    La première fois que je l’ai rencontré, il me parla de son dernier livre qu’il venait d’achever d’écrire : «A report from the third planet». Seulement, il était en Anglais. J’ai décidé de réunir une équipe de traducteurs amateurs afin que nous puissions en avoir une version française. 

    La première phrase du livre commence, par «je suppose que c’est à cause des papillons». 

    Le livre «A report from the third planet» est un récit fictionnel basé sur des récits scientifiques. Des extraterrestres les Aeoles recherchent des planètes où il y aurait des espèces ayant une forme de conscience. Les Aeoles s’arrêtent sur terre à cause des papillons, parce qu’ils leur ressemblent, mais aussi pour leur beauté. Le livre retracera l’émergence de la conscience sur terre racontée par les Aeoles. Ce sont des papillons, mais qui ont un mode de reproduction avec l’aigle, le cheval et le poisson. 

    Description formelle

    J’ai donc décidé de recréer symboliquement ces papillons Aeoles qui porteraient la trace de l’aigle du poisson et du cheval. 

    Je suis partie en Croatie, dans le centre de Miroslav Radman. Miroslav Radman est un généticien, qui a été entre autres directeur de l’INSERM à Paris. Miroslav Radman travaille sur l’immortalité des cellules humaines. 

    Les membres de son équipe refusent littéralement de vieillir et de mourir. Là-bas dans son centre MediLS, j’ai extrait l’ADN du cheval, du poisson et de l’aigle. 

    Avec Pascal Proust un éleveur de papillons nous avons déposé sur les chrysalides et les papillons l’ADN du cheval, du poisson et de l’aigle. 

    Dans la salle à manger de la maison qui accueillait l’exposition, il y avait une volière où vibraient les battements d’ailes des papillons. Dans le salon nous avons reproduit une représentation du laboratoire avec les tubes qui contenaient encore de l’ADN. 

    Ainsi il y avait un espace rationnel et l’autre imaginaire, poétique, l’un voulant l’immortalité et l’autre mettant en exergue notre fragilité. 

  • Archéologie de l’écho

    2016 – Installation vivante et génétique, Chant de piste génétique

    Travail en collaboration avec V. Bergoglio (INSERM), N.Langlade (INRAE)

    Description conceptuelle

    Ce travail a consisté à mettre l’ADN de personnes ayant eu de belles idées dans des pierres précieuses afin de créer dans un premier temps une galerie d’idées précieuses. 

    Je voulais recréer une parole vivante (cf. J.Derrida, la voix et le phénomène), une parole dépourvue de langue. 

    La génétique à l’heure actuelle ne possède pas les moyens cognitifs et techniques pour percevoir ce temps vivant et comprendre que le vivant n’est pas de l’ordre de la logique qui se répète. Le vivant ne se réduit pas à notre intelligence mécanique et n’est jamais déterminé. La vie ne se réduit pas à cette visée unique, discriminant des éléments discrets pour constituer le mouvant. Le domaine génétique est intéressant pour de multiples points. Aujourd’hui nos modèles cognitifs, nos représentations euclidiennes ne permettent plus d’expliquer le vivant et le mouvant. Nous pensons qu’aujourd’hui le modèle euclidien n’est plus un modèle satisfaisant comme modèle de compréhension du monde et de réduction phénoménale. 

    Ce qui m’intéresse c’est surtout l’idée que le réseau serait un nouveau paradigme. Comment ce nouveau modèle, cette nouvelle structure cognitive va modifier la perception et la manière de se définir et définir l’espace et le temps que nous articulons pour nous constituer des présences ? 

    L’être humain serait en train de modifier son articulation espace-temps (et par là sa subjectivité). Si ce modèle restructure la cognition, il faut savoir que le modèle du réseau est une représentation qui détruit la représentation, qui est bien plus proche finalement du temps vivant. Le modèle rhizomique est en changement permanent jamais arrêté, complexe, et toutes les échelles et multiplicités de points de vue se co-intriquent réciproquement. Le réseau est pour moi une structure qui permet de rouvrir la complexité d’un réel en ne le réduisant plus à une pensée qui ne vise que l’unique. 

    Description formelle

    Le temps vivant décrit par Bergson et Derrida serait re-compris, dans ce modèle, détruisant ainsi la représentation, puisque tout change continuellement. 

    Nous avons enfermé le génome dans des pierres afin de conserver des paroles précieuses. Nous voulions conserver cette présence et cette existence humaine. Préserver des idées précieuses avec la génétique donnerait le symbole de pouvoir créer une langue vivante, une pensée vivante. 

    Le projet s’est encore complexifié lorsque l’on m’a parlé du chant des pistes. Le chant des pistes est le fait que les aborigènes chantent pour créer la géographie et l’espace. Les pierres contiennent tous les chants et sont tous les nœuds de l’espace. Ainsi puisque l’espace avec le réseau se redéfinit, j’ai décidé de déposer des pierres sous terre, comme des nœuds indiquant et soutenant la géographie du réseau.

    Notre civilisation est basée sur la culture grecque. Le slave, le latin, le germanique ont produit toutes les autres langues. Ces trois langues sont issues du Grec. Ainsi j’ai décidé de poser les pierres dans des pays aux origines latine, slave, germanique en terminant par la Grèce. 

    Comme des nœuds où contiennent les voix qui crée l’espace, afin qu’advienne une parole vivante et une réalité précieuse. 

  • A chacun son tour

    2015-2016 – Installation interactive

    ​Travail en collaboration avec P.Perez & Franck Jubin et le Fablab Artilect de Toulouse

    Exposition au 104, Biennale Némo

    Description conceptuelle 

    « À chacun son tour » est une métaphore de notre condition d’être humain liée au cycle étrange de la vie et de la mort, de nos entrées en ce monde, de nos sorties, de notre mort.

    Une ronde cybernétique qui nous enveloppe et nous éloigne un peu plus chaque jour de notre propre finitude. 

    7 Litres de dents vont progressivement remplir le bol trieur qui trie normalement des pièces d’usines. Les entrées et sorties des dents se font selon le flux RSS d’un site qui répertorie en temps réel les naissances et les morts qui ont lieu dans le monde.

    Ce travail est une métaphore de notre condition d’être humain, qui tourne peut-être en rond en ayant l’impression de progresser. Ce travail est un questionnement sur la notion de progrès, d’évolution.

    La notion de progrès n’est-elle pas une forme de consolation de l’être humain, lui faisant penser que son monde change et que l’homme progresse ? L’être humain ne se gargarise-t-il pas de ses découvertes et de ses innovations pour se faire croire qu’il accède à la nouveauté et aux changements ? 

    Ce travail interroge ce rapport aux techniques en mettant l’accent sur l’idée d’évolution et de progrès.

    Ici, l’évolution ne mène à rien, sinon à l’absurde. À la fin de la journée, les naissances étant plus importantes que les morts, le bol trieur est saturé de dents, se déversant de tout côté.

    Description formelle

    Une machine, avec des actionneurs robotiques, un bol trieur industriel, des tubulures, des câblages électriques, des capteurs de passages, de présences, d’arrivées et de départs.

    Les dents s’acheminent vers le bol trieur une par une grâce à une roue à aubes. Elles suivent alors le manège mécanisé du monde cybernétique, tournent en spirale, gravissent peu à peu la rampe de sortie du bol, retombent et finissent par être évacuées (par des souffleurs robotiques) en une mort symbolique, sur le sol périphérique de l’installation jonché de dents.

    7 Litres de dents vont progressivement remplir un bol trieur industriel spiralé conçu initialement pour la sélection optimale de pièces industrielles. Les entrées et sorties des dents s’organisent de façon synchrone avec les données numériques provenant d’un flux RSS dédié au comptage statistique des naissances et les morts de part et d’autre du monde, de notre monde.

  • Apotrope

    2013-2015 – Installation interactive

    ​Travail en collaboration avec J. Rabin (Ancien Programmeur au Gmea)

    Description conceptuelle 

    Cette pièce interroge de manière sensitive les déplacements des représentations humaines via nos outils techniques. Je me suis de prime abord questionnée sur la notion de média, de façon à visualiser les différences que les outils numériques pouvaient avoir, afin de pouvoir me positionner sur ceux-ci. De ces recherches est née l’idée que seule la perception de notre matière, limitée par le contact rigide de notre corps-cognition, construisait des mondes à la mesure de cet organisme contraint par une matière solide et que malgré nos outils nous ne sortirons jamais de l’échelle humaine. Ce corps est constitué de matière solide, ne peut sortir du contact de sa peau-cognition, sinon par l’imaginaire et la langue. L’homme creusant toujours dans la même direction de ses connaissances, de sa matière, peut-il réellement appréhender les immatériaux ? Nos nouvelles techniques peuvent-elles nous aider à nous dépasser pour nous sortir enfin de nous-mêmes, nous faisant voir ce que nous ne pouvons appréhender que par ses seuls organes humains ? 

    L’être humain n’est-il pas condamné à ne trouver  que ce qu’il est allé chercher ? 

    Description formelle

    Le spectateur est invité à manipuler des images-matière dans des boîtes de Pétri. Il s’agit de peau humaine, passée au microscope. Ici, le spectateur est invité à creuser, a rentrer en résistance avec l’image afin de parvenir au fond. En fonction de sa gestuelle, les images réagissent de manières différentes. Il doit prendre son temps pour découvrir le fond de la trame. Si son toucher est brusque, la peau ne réagit presque pas. S’il effleure, elle se marque (sensation superficielle). S’il vient à la gratter,  il doit persévérer pour creuser et faire en sorte qu’elle ne se referme en plaie. Il ne peut jamais visualiser l’image qu’il est en train de manipuler puisque celle-ci à peine révélée change d’identité.  

    Techniquement, une kinect capte les mouvements de la main du spectateur. Ces mouvements sont ensuite analysés et retravaillés par un logiciel (MaxMsp). L’image est vidéo projetée par en dessous et laisse au spectateur la possibilité de penser qu’il manipule une peau de pixels aux réactions variées. Loin des interfaces tactiles, ce dispositif au contraire n’est pas intuitif, et le spectateur ne peut s’attendre à des réponses automatiques et doit chercher la manière dont l’image peut progressivement se déployer.

  • Mélancolie des étoiles

    2013-2016 – Installation interactive et vie artificielle

    ​Travail en collaboration avec T. Breton, Docteur en Vie Artificielle (IRIT, Vortex, Toulouse)

    Description conceptuelle 

    Nous avons souhaité interroger les mécanismes de la perception par un travail plastique qui met en exergue l’informe et le sans-identité. Nous avons construit un programme dans l’objectif que la perception humaine ne puisse pas atteindre le seuil de la détermination. 

    Nous avons mis en mouvement des centaines de signes plastiques qui sont en changement permanent. Pour cela nous nous servons de la voix du spectateur, mais également d’algorithmes issus des recherches en vie artificielle et intelligence artificielle. 

    La voix du spectateur est ce qui fait émerger les signes plastiques qui sont des empreintes de peintures que je dépose sur une feuille de papier. Nous avons associé chaque phonème à une composition colorée. Formellement lorsque le spectateur s’exprime, les mots qu’il a employés se dissocient en phonèmes inarticulés. Nous avons souhaité donner une forme de vie à cette voix sans articulation logique. Ces phonèmes ont un comportement de créatures artificielles. 

    Chacun d’eux doit apprendre à survivre, se déplacer, se charger d’énergie, se reproduire et enfin disparaître. 

    L’idée dans ce travail est que la voix est vectrice de sens et de vie. Par la pensée articulée à la langue l’être humain accède à une interprétation qui lui permet de réaliser l’épreuve de son monde. 

    Cette multitude de phonèmes qui commence à prendre vie, se multiplie, mute dans la durée et rend leur représentation difficile à identifier. 

    Description formelle

    Nous voulions que cette peinture de la voix témoigne de l’impermanence et nous voulions que cette forme de vie créée artificiellement ne soit pas de l’ordre de la staticité.  

    Nous avons élaboré un niveau de complexité supérieure en utilisant des algorithmes d’intelligence artificielle notamment ceux qui permettent de développer l’apprentissage par essais et erreurs. Les phonèmes doivent apprendre au fil des générations d’individus à ne pas s’associer à certains autres phonèmes afin de ne pas créer un mot existant dans un thésaurus inclus dans le programme. En effet si certains phonèmes par le hasard de leur rencontre et de leur proximité forment par groupe un mot existant alors, l’ensemble des phonèmes de ce groupe se transforme en virus qui ira contaminer les autres phonèmes. Leur survie réside alors dans la discrimination de phonèmes porteurs de virus. Ce dernier point est une métaphore de l’idée que la nouveauté de l’événement, le mouvement de la vie sont contaminés par l’articulation de la pensée à la langue qui rate le particulier dans l’événement. Dans la vie, il n’y a aucune forme de répétition possible,  mais ce fait est condamné par l’usage des mots, qui répètent les mêmes sens et retiennent les mêmes formes de présences pour ce qui ne peut pourtant pas ré-advenir. 

    Nous avons voulu donner à voir l’image d’un présent imparfait, indéterminé inassignable. Nous avons voulu créer un tableau vivant de la voix.

  • Être le meilleur (Gâteau à base d’ADN humain)

    2014 – Installation génétique

    ​Travail en collaboration avec V. Bergoglio (Chercheuse à l’Inserm, Toulouse) et N. Langlade (chercheur à l’INRAE, Toulouse)

    Description conceptuelle 

    Car l’héritage est ce leg historique qui nous construit à notre insu qu’on le subisse ou qu’on le chérisse. Avec lui se pose inévitablement la question de nos déterminismes et de nos origines. Jusqu’à quel point l’héritage social, culturel et familial nous détermine comme être et comme sujet ? D’autre part est-il seulement possible de s’affranchir des causes qui nous détermineraient et qui nous sont léguées dès notre naissance ?

    Extraire une partie génétique pour la retransformer, c’est extraire ce supplément et ce trop de vie qui fait que je sens chaque jour cette pulsation de vie, me laissant dans ce trop en vie. 

    Extraire une partie de mon ADN pour le réincorporer c’est aussi me laisser la possibilité de réinventer symboliquement mon corps, car il est ce corps social et culturel auquel la singularité ne peut appartenir et dont la liberté est exclue. 

    Il y a ces phrases qui m’ont marquée et qui font référence à trois penseurs. J. Derrida écrivait, « vivre c’est se rendre indévorable » et  « Survivre c’est manger et ne pas être mangé, mais, tôt ou tard, il est impossible de ne pas être mangé » formule quant à lui  Pierre Bricage. Et Paul Audi explique que l’artiste n’est pas en vie, mais survit, se dépasse et se transforme, se réinvente et se recrée. Alors au travers de ces phrases j’ai voulu me rendre dévorable, pour ne pas vivre, mais survivre, c’est à dire finalement se faire manger pour se dépasser, se recréer. 

    C’est aussi un acte où se faire manger est une métaphore. Jusqu’où est-on prêt à manger l’autre ? 

    Jusqu’où autrui est de l’ordre du consommable. Ce devenir-proie et ce devenir-mangeable est aussi un acte symbolique. Je ne cherche pas à manipuler mon génome dans une perspective d’atteindre une surpuissance, au contraire, car se rendre proie cela signifie aussi refuser l’idée de la raison du plus fort. Devenir-dévorable, c’est cesser de vouloir vivre dans cette logique des guerres individualistes et être conscient que tôt ou tard, il est impossible de ne pas être mangé. 

    Il s’agit ici d’aborder le rapport à l’autre, qui est toujours de l’ordre de la dévoration, de la consommation puisque celui-ci est inabordable et est voué à l’espace solitaire du sujet. L’autre est toujours celui que je résous en moi même, je le dévore quelque part toujours. 

    Se rendre dévorable c’est aussi symboliquement se faire mourir pour se réinventer, enfin, s’auto-créer.

    Description formelle

    Ainsi nous avons prélevé l’ADN des personnes m’ayant élevée au sens d’une émancipation intellectuelle. Peut-être que l’idée d’auto-création et de transformation de ce qui nous détermine passe par la connaissance qu’il nous est transmis. Ce travail rend dès lors également hommage aux personnes qui possèdent un savoir émancipateur. 

    De l’ADN prélevé grâce aux laboratoires de l’INRA et de l’INSERM de Toulouse, nous en avons fabriqué des gâteaux à manger. 

  • Endophonie Mécanisée

    2012 – Installation sonore interactive et robotique

    ​Travail en collaboration avec Hubert Desroques (faculté de Médecine de Toulouse), David Lataillade (Composition sonore), Pol Perez (programmation)

    Exposée au 104, Biennale Nemo et au Frigo (Albi)

    Description conceptuelle 

    « Avoir la vie » c’est avoir la sensation d’une secousse imminente d’un certain tremblement d’être qui s’appelle événement. 

    Chaque jour me donne la vie et me l’enlève en même temps. Ce sont des frissons accompagnant cette certitude que je ne suis que de passage. Ce travail est pour moi une tentative de vivre, d’éprouver pleinement cette force, consciente d’un corps, inscrit dans sa condition de n’être qu’en sursis. Dans cette conscience de l’anéantissement à venir, le corps cherche alors les signes pouvant esquisser la symphonie de ce qui pourrait être son monde. Il cherche la composition d’une écoute supportable et personnelle. 

    Comment le corps en acte, conscient de lui même, peut-il écrire une temporalité du coeur, c’est-à-dire la définition d’un monde qui lui serait singulier ? Comment dans sa corporéité peut émerger une lecture d’une réalité dont le sens se profilerait selon sa volonté, ses choix en prenant appui sur le corps-sensation et ses données du sensible ?  

    La vie humaine par son anecdotique posture et sa fugace beauté doit se perfectionner et se réagencer pour entreprendre une symphonie du monde. L’être humain peut chercher à l’esthétiser pour pouvoir sublimer son étrange posture. Pour ma part, ayant conscience d’être suspendue à un court laps de temps et dans la déraisonnable pensée qui est à la limite du savoir acquis, je souhaite alors signer le sens de ma réalité pour la rendre enfin vivable.  À la recherche des autres possibles, j’écouterais le murmure de ce corps sans méta.

    Description formelle

    Ce sont cinq organes suspendus dans des urnes en plexiglas et dont le processus de désagrégation cellulaire a pu être arrêté. Ce travail à fait l’objet d’une recherche avec le laboratoire de la faculté de médecine à Toulouse afin de trouver des solutions chimiques alternatives au procédé de plastination du Docteur Von Hagens.

    Ces 5 organes sont robotisés et réagissent à l’approche du spectateur. Chaque organe est doté d’une matière sonore (réalisée dans les locaux du Gmea par David Lataillade) qui interagit avec les mouvements du public. Ainsi par exemple, lorsque le spectateur s’approche du poumon, les 4 autres organes ne diffusent plus leurs sonorités indépendamment, mais l’ensemble de l’espace sonore est spatialisé de telle sorte à ce que la respiration pulmonaire puisse se répartir tour à tour sur chaque haut-parleur afin de créer un espace qui semble s’expirer de manière propagée. À son tour, le cerveau signale l’approche d’un spectateur en diffusant aux autres membres organiques ses impulsions nerveuses. Le coeur, lui, contracte sur 2 haut-parleurs la pulsation de ses battements. Le son du foie, se crispe sur un infrason et les intestins diffusent aléatoirement dans l’espace leurs sonorités. L’espace d’écoute se modifie selon les gestes et déplacements des visiteurs. Par une captation à l’aide de capteurs ultrason, les mouvements des organes se modifient en fonction de la présence du spectateur.